Christoph Tschanz | Nathalie Joder | Pascal Wyssling
Les troubles psychiques chez les jeunes ont souvent des causes multiples, notamment la pression à la performance (Alamy).
Des causes multiples
L’augmentation du nombre de demandes AI chez les jeunes ne s’explique pas par une seule et unique cause. La littérature sur le sujet fait plutôt état de différents schémas d’explication selon les troubles examinés. Des études internationales montrent que la dépression et les troubles anxieux ont effectivement augmenté chez les adolescents et les jeunes adultes (Zhang et al. 2025 ; Bie et al. 2024). Ces troubles peuvent être liés à la pression à la performance dans le système éducatif, à la solitude, au harcèlement, à des difficultés familiales ou à des facteurs de stress numériques (Krokstad et al. 2022). Si la pandémie de COVID-19 n’a pas été à l’origine de cette évolution, elle l’a amplifiée et rendue plus visible (Gondek et al. 2024).
La situation est différente pour les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles du spectre autistique. La recherche montre que l’augmentation de la prévalence de ces troubles est étroitement liée à l’évolution des pratiques de diagnostic, à une meilleure sensibilisation de la société et à une diminution de la stigmatisation. Ainsi, un diagnostic précoce peut faciliter l’accès à une aide. Parallèlement, le fait que les particularités liées au développement neurologique bénéficient d’une meilleure visibilité incite davantage de jeunes à demander une évaluation et à rechercher un soutien (Brown et al. 2024). Cela concerne en particulier les groupes chez qui les symptômes passaient plus souvent inaperçus, comme les filles et les jeunes femmes (Hinshaw et al. 2022).
Les médias numériques ont quant à eux un effet ambivalent sur les troubles psychiques. D’un côté, une utilisation intensive, les comparaisons sociales ou le cyberharcèlement peuvent aggraver ces troubles. D’un autre côté, les réseaux sociaux regorgent d’informations sur la santé mentale, le TDAH, l’autisme et la neurodiversité, ce qui contribue à une meilleure sensibilisation (Mayerhofer et al. 2024 ; Brown et al. 2024).
Pour l’AI, ces différenciations sont essentielles. Une augmentation du nombre de diagnostics ne signifie pas nécessairement une augmentation proportionnelle de la prévalence des maladies sous-jacentes. Elle peut également refléter une évolution des perceptions, un dépistage plus efficace et un recours accru aux aides disponibles. Pour pouvoir apporter un soutien ciblé aux jeunes, il est donc essentiel d’identifier les mécanismes à l’origine de l’augmentation des troubles psychiques. Il s’agit d’analyser les besoins spécifiques des jeunes concernés, comme la quête de repères face à des difficultés croissantes ou la mise à disposition d’offres accessibles lors d’un diagnostic précoce.
Que disent les différents acteurs ?
Dans le cadre de notre étude, nous avons mené des entretiens avec onze acteurs clés issus des domaines de l’école, de la pédagogie curative, de la formation professionnelle, de l’orientation professionnelle (CIP), du case management Formation professionnelle, des services sociaux, du conseil éducatif, de la psychiatrie juvénile, des centres de conseil et des entreprises formatrices ainsi qu’un représentant des parents. Ces entretiens offrent un aperçu des évaluations et des expériences des problèmes rencontrés lors de la transition entre l’école, la formation et le marché du travail. Bien que ces témoignages ne soient pas représentatifs, ils mettent en évidence des enjeux similaires dans différents domaines d’action ainsi qu’un important besoin d’orientation dans la pratique quotidienne.
Les entretiens montrent que les besoins de soutien des jeunes souffrant de troubles psychiques ou neurodéveloppementaux portent souvent sur plusieurs dimensions. En effet, les atteintes à la santé s’accompagnent souvent de ruptures scolaires, d’absentéisme, de difficultés d’apprentissage, de troubles du comportement ainsi que de facteurs de stress familiaux ou sociaux. Il en résulte des situations complexes, où l’accompagnement implique plusieurs acteurs.
Les transitions de l’école à la formation professionnelle initiale, puis de la formation professionnelle au marché du travail, sont à cet égard particulièrement sensibles. Ces étapes sont souvent marquées par un changement de responsabilités et la suppression de certains dispositifs d’accompagnement, alors que les jeunes doivent répondre à des exigences accrues en matière d’organisation personnelle, de performance et de fiabilité.
Les acteurs interrogés estiment que les offres spécifiques de l’AI et les offres complémentaires proposées dans le canton de Berne sont, dans l’ensemble, bien développées. Ils estiment toutefois qu’il y a un besoin d’amélioration au niveau des interfaces entre les différentes offres, notamment en ce qui concerne la répartition des compétences, la coordination entre les services concernés et la désignation des interlocuteurs. Les acteurs qui ont peu de contacts directs avec l’AI ont notamment besoin d’informations supplémentaires. En revanche, les contacts personnels, la transparence de l’information ainsi qu’une collaboration axée sur les solutions et les ressources sont perçus comme les principaux atouts de l’AI.
L’AI joue un rôle clé
En résumé, on peut affirmer que l’augmentation du nombre de demandes AI déposées par des adolescents et de jeunes adultes souffrant de troubles psychiques résulte d’une interaction complexe entre des facteurs individuels, sociétaux et diagnostiques. Parallèlement, certaines évolutions de la société, comme la pression croissante à la performance dans le système éducatif, les facteurs de stress numériques et les expériences de crise, ont de plus en plus d’impact sur le parcours des jeunes et peuvent exacerber leurs vulnérabilités, en particulier chez les jeunes présentant des troubles neurodéveloppementaux.
Les acteurs de terrain confirment que la combinaison de ces facteurs peut engendrer des situations complexes, souvent associées à des diagnostics multiples, à des comorbidités ou à des difficultés scolaires ou familiales. Parallèlement, même si l’offre est dans l’ensemble bien développée, sa fragmentation pose des défis qui compliquent une orientation claire et une utilisation efficace.
Dans ce contexte, l’une des missions essentielles de l’AI consiste à mettre en place des processus de soutien efficaces, accessibles et bien coordonnés. Les approches qui facilitent l’accès à l’AI, offrent une orientation dans un système complexe et assurent une coordination efficace semblent particulièrement prometteuses. Grâce à une information rapide, à une sensibilisation ciblée et à une meilleure coordination, les offices AI peuvent jouer un rôle stabilisateur et garantir, en collaboration avec des institutions partenaires, des processus de soutien coordonnés (voir encadré).
Auteurs
Christoph Tschanz
Dr phil., collaborateur scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
Nathalie Joder
Collaboratrice scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
Pascal Wyssling, Collaborateur scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
Source
(Publications en ligne de l’OFAS – Office fédéral des assurances sociales OFAS)








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